À VOS MARQUES…PRÊTS…LISEZ!

Par : Mireille Boivin

Mireille a remporté une bourse de 3 000 $ afin d'étudier au Campus Saint-Jean!

Il faut redéfinir la compétition si elle va être utile pour notre société. Étant jeune canadienne en milieu francophone minoritaire, je fais face à la compétition quotidiennement. Non seulement est-ce que je dois me battre pour garder ma langue maternelle, je dois faire compétition avec mes paires pour obtenir de l’emploi et pour entrer à l’université. De plus, j’habite une planète qui souffre de fléaux de toutes sortes. Certains d’entre eux sont causés directement par la compétition. Comment pourrais-je réaliser mes projets de vie et mes rêves dans un monde en conflit? À quoi sert la compétition pendant que je témoigne la destruction de notre planète? Ne serait-il pas plus utile d’œuvrer ensemble contre notre autodestruction plutôt que de faire compétition l’un contre l’autre? Pour adresser ces questions, je dois comprendre la nature et l’utilité de la compétition dans ses contextes étymologique, écologique, historique et moderne. Ainsi fait, je pourrai arriver à une définition post-moderne de la compétition pour démontrer comment elle peut être utile pour l’avenir de l’humanité.

CONTEXTE ÉTYMOLOGIQUE

Que signifie le mot ‘compétition’? Se pencher sur les origines étymologiques d’un mot sert à mieux le comprendre et à l’apprécier. Dans son sens étymologique, compétition provient de deux mots latins : ‘com’ (unir ensemble) et ‘petere’ (rechercher), plus spécifiquement, rechercher quelque chose afin d’atteindre un objectif quelconque. De ces mots sont venus ‘competitum’ et ‘competitio’ (qui signifie rivalité) (1). Au Moyen Âge, la notion de la compétition référait plutôt à des jeux : la course à cheval à travers les champs pour atteindre le clocher (‘steeple chase’, en anglais) (2); et aussi, dans la célèbre fable où le lièvre et la tortue nous rappellent que ‘rien ne sert de [faire compétition], il faut partir à point’(3). Plus tard, pendant la Révolution Industrielle, la compétition s’appliquait dans un contexte démocratique de présenter une candidature rivale à côté de quelqu’un (4). En somme, l’étymologie du mot compétition consiste à rechercher ensemble quelque chose pour franchir des obstacles avec quelqu’un d’autre à ses côtés, tous les deux visant le même objectif.

CONTEXTE ÉCOLOGIQUE

Imaginez que la compétition engendre la coopération. Voyons comment. Le sens écologique de compétition occasionne les séries d’interactions requises entre organismes, populations et espèces afin de survivre dans des conditions où il y a des ressources limitées (5). Au lieu de s’entretuer, certains organismes ont développé des relations symbiotiques qui vont bien au-delà de la simple compétition où un système biologique survit en dépit de l’autre. Dans ces relations, deux espèces s’unissent et s’entraident pour mieux survivre, par exemple : le requin et le poisson remora, et les lichens composés d’algues bleues et de champignons. La compétition devient utile dans ces cas car elle permet la création d’une nouvelle relation de coopération pour assurer la survie en milieux hostiles. Pourquoi ne devrais-je pas m’inspirer des notions écologiques et les appliquer dans un contexte social pour mieux rendre utile la compétition dans ma vie? À mon école, lorsque les élèves font un travail de groupe, ils s’entraident pour atteindre un objectif commun. Comme dans les relations symbiotiques, cette approche de coopération diminue les effets négatifs de la compétition et crée une nouvelle relation entre les individus qui leur permet d’atteindre ensemble des buts difficiles.


CONTEXTE HISTORIQUE

Dans son sens historique, la compétition a ses origines pendant l’Ère Post-Agricole (4500 av JC) lorsque les rivalités intertribales et ethniques émergentes se manifestaient en forme d’États-Nations en Grèce, par exemple. Selon O’Murchu (2004), l’humain a même inventé la guerre pour conquérir et contrôler toutes forces étrangères (6).

En examinant l’histoire, je reconnais que dans sa représentation la plus noble, la compétition est utile si je pense aux Jeux Olympiques, aux recherches reconnues par les prix Nobels, aux découvertes médicales remarquables et, plus humoristiquement, dans les quêtes semblablement moins nobles pour accomplir de prodigieux exploits de records imbattables tels que présentés dans le Guinness World Records (7). Cependant, je n’oublierai jamais que la compétition malintentionnée se manifeste de façon épouvantable lors des conflits internationaux et dans les guerres raciales et religieuses qui ont teinté notre humanité tels que l’Holocauste, l’Holodomor et les nombreux génocides.

CONTEXTE MODERNE

À présent, la pensé qui semble prédominer c’est que la compétition est la force vitale du commerce. La dominance économique de certains pays empêche l’échange facile des biens, des produits et des ressources humaines entre ces pays et ceux en voie de développement. Ceci démontre les effets d’une compétition mal orientée. Les pays dominants font croire qu’ils offrent de meilleurs produits et services à meilleur marché en utilisant les techniques de marketing les plus affinées. Cependant, cette relation d’inégalité est au dépend des plus démunis, parfois de l’environnement et du bien-être des populations desservies. Ce sont les plus rusés, donc les plus compétitifs, qui survivent. Au 20e siècle, la compétition (économique) moderne a comme origines l’économie de l’offre–une extension de la notion de la survie du plus apte de Charles Darwin, comme dans le contexte écologique ci-dessus. Certaines cultures modernes embrassent encore ce genre de compétition néfaste à la survie de toute notre planète. Cependant, je me demande comment la race humaine pourra-t-elle survivre?

CONTEXTE POST-MODERNE

Nous sommes tous dans le même bateau; c’est-à-dire, nous habitons tous la même planète. Si nous insistons d’adhérer à la notion moderne de la compétition, nous ferons naufrage comme humanité. Bien que la compétition ait été primordiale pour la survie de l’être humain lors de son cheminement social à travers les âges, nous sommes arrivés à un point tournant dans notre évolution où la coopération entre les nations, les peuples et les individus doit prendre de plus en plus d’envergure si nous allons survivre comme espèce. Il faut alors retourner aux racines du mot compétition et le redéfinir. Si de simples êtres biologiques peuvent redéfinir de nouvelles interactions entre eux, pourquoi l’humanité ne peut-elle pas faire de même? Pourquoi ne pas rendre utile la compétition et la mettre au service de la survie de l’humanité dans un contexte de coopération pour conquérir la destruction de la race humaine?

Pour conclure, je vous propose une nouvelle notion de compétition qui cherche à promouvoir l’harmonie et la coopération entre les humains afin de mieux respecter et utiliser les ressources disponibles pour assurer la défaite de la souffrance en toutes ses formes et la survie de l’humanité. De cette façon, la compétition sera utile pour notre société.

NOTES EN FIN DE TEXTE
(1) William Nielson (Editor), Websters New International Dictionary Second Edition Unabridged, Springfield, MA, G & C Merriam Company Publishers, 1960, p. 545.
(2) Alain Rey & Sophie Chantreau, Dictionnaire d’expressions et locutions, Paris, France, Dictionnaires le Robert Inc., 2003, p. 264.
(3) Karl Girardet, Fables de Lafontaine Le lièvre et la tortue, Mame, France, Tours Imprimeurs, 1953, Livre V1-11, p. 194.
(4) Georges Niobey (Éd) Dictionaire analogique, Paris, Édition du Club France Loisirs-Larousse, 1995, p. 149.
(5) Op. cit. William Nielson, p. 545.
(6) Diarmuid O’Murchu, Quantum Theology: Spiritual Implications of the New Physics Revised and Updated Edition, With Reflective Questions, New York, NY., Crossroads Publishing Company, 2004, p. 12 -13.
(7) Craig Glenday (Éditeur) Guinness World Records 2010, Vancouver, Canada, Guinness World Records Ltd, Jim Pattinson Group, 2009, p. 92-100.

BIBLIOGRAPHIE

Girardet, Karl. Fables de Lafontaine : Le lièvre et la tortue, Mame, France, Tours Imprimeurs, 1953, 435 p.
Glenday Craig, (Editor) Guinness World Records 2010, Vancouver, Canada, Guinness World Records Ltd, Jim Pattinson Group, 2009, 199 p.
http://www.guinnessworldrecords.com/records/amazing_feats/
Montreynaud, Florence, Pierron, Agnès, et Suzzoni, François. Dictionnaire de Proverbes et Dictons, Montréal, Dicorobert Inc., 1989, 758 p.
Nielson, William (Editor). Websters New International Dictionary Second Edition Unabridged, Springfield, MA, G & C Merriam Company Publishers, 1960, 3196 p.
Niobey, Georges (Éditeur). Dictionaire analogique, Paris, Édition du Club France Loisirs-Larousse, 1995, 856 p.
O’Murchu, Diarmuid. Quantum Theology: Spiritual Implications of the New Physics Revised and Updated Edition, With Reflective Questions, New York, NY., Crossroads Publishing Company, 2004, 246 p.
Rey, Alain et Sophie Chantreau, Dictionnaire d’expressions et locutions, Paris, France, Dictionnaires le Robert Inc., 2003, 1086 p.

Quiz de la semaine

Dans la langue française, une lettre de l’alphabet est, en général, seulement utilisée dans des mots empruntés des autres langues. Laquelle?

Réponses possibles :